Francis Scarpaleggia

Votre député de


Lac-Saint-Louis

Francis Scarpaleggia

Votre député de


Lac-Saint-Louis

Menu

Discours : M-69 (le plomb dans l’eau potable)

Madame la Présidente, je suis très heureux de prendre la parole aujourd’hui au sujet de cette importante motion. Il est évident, mais il vaut néanmoins la peine de le répéter, que l’eau est une ressource vitale. Elle est vitale pour la santé humaine, pour l’environnement, car elle nourrit nos écosystèmes, et pour l’économie canadienne, non seulement pour l’agriculture et l’aquaculture, des industries où son utilisation est évidente, mais aussi pour des industries comme celles des produits pharmaceutiques et des ordinateurs. Il suffit de demander à un membre de l’industrie de l’informatique combien d’eau cela prend pour nettoyer les puces d’un ordinateur afin qu’elles soient en parfait état.

L’eau est également une question très complexe du point de vue de la création d’une approche intégrée de gestion de la ressource, ou d’une vision stratégique nationale relative à l’eau.

Autrement dit, il est extrêmement compliqué de créer une approche intégrée autour de cet enjeu qu’est l’eau douce, que ce soit au Canada ou ailleurs. Il y a plusieurs raison à cela. Premièrement, plusieurs enjeux se situent sous le parapluie de la question de l’eau. Aussi, c’est l’affaire de plusieurs autorités à la fois.

Il existe de multiples questions relatives à l’eau. C’est un dossier qui relève de plusieurs ordres de gouvernement. Comment pouvons-nous donc attirer l’attention de la population et des politiciens sur un enjeu aussi vaste qui nécessite une approche stratégique générale, visionnaire et systématique? Voilà le défi qui se pose. Il faut braquer les projecteurs sur cet enjeu à chaque occasion qui se présente, c’est-à-dire lorsque des incidents surviennent. Je pense notamment à la tragédie de Walkerton, aux avis d’ébullition de l’eau dans les collectivités des Premières Nations, aux débordements des égouts lors de pluies torrentielles, ou aux déversements contrôlés d’eaux usées.

Nous devons nous servir de ces occasions pour résoudre rapidement ces graves situations, ainsi que pour attirer l’attention des gouvernements sur les préoccupations de la population quant à l’eau. En plus de nécessiter une attention immédiate des gouvernements, ces enjeux permettront aux citoyens d’apprendre les facettes multiples de la politique en matière d’eau.

La scène politique est un terreau fertile pour amener les Canadiens à s’intéresser encore plus aux questions relatives à l’eau. Les Canadiens considèrent déjà cet enjeu comme une grande priorité. Le sondage réalisé par la Banque Royale du Canada sur les attitudes liées à l’eau indique que l’eau se classe au deuxième rang des préoccupations des Canadiens, après les soins de santé. Cet enjeu suscite manifestement un intérêt. Il faut maintenant déterminer comment canaliser cet intérêt vers des problèmes très précis. Plus il y en aura, mieux cela sera. En effet, plus la population s’intéressera à diverses questions relatives à l’eau, plus les gouvernements seront susceptibles d’adopter une approche intégrée et générale pour faire progresser ce dossier.

Je félicite le député d’Hamilton-Est — Stoney Creek d’avoir mis en vedette une question en particulier, l’importante question du plomb dans l’eau potable et, ce faisant, d’avoir mis l’accent sur l’eau potable en général ainsi que sur l’eau dans son ensemble.

Les conduites d’eau potable en plomb sont l’une des portes d’entrée du plomb dans le corps humain. Une autre d’entre elles, comme nous le savons, est l’essence avec plomb. Heureusement, ce problème a été réglé. La peinture contenant du plomb représentait également une porte d’entrée, mais, à ma connaissance, cette question a été abordée de façon assez exhaustive. Les bijoux contenant du plomb peuvent également contaminer le corps humain. Bien sûr, la poussière des émissions de fonderies contenant du plomb peut également pénétrer dans le corps humain.

Les événements survenus à Flint, au Michigan, nous ont rappelé, encore dernièrement, à quel point il est important de mettre l’accent sur l’eau. Ils ont aussi fait ressortir une dimension qui doit être prise en compte dans toutes les politiques sur l’eau — dans toutes les politiques, point, en fait —, et il s’agit de la dimension socioéconomique. Dans ce cas, nous parlons de justice environnementale.

En d’autres termes, la question est la suivante: est-ce que des décisions, ou une décision en particulier, pourraient avoir des incidences négatives plus graves pour les groupes socioéconomiques défavorisés que pour d’autres groupes de la société? Je citerai à ce sujet le livre blanc d’octobre 2016 de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis concernant la révision des règles de l’Agence visant le plomb et le cuivre:

En raison des disparités en matière de qualité des habitations, de statut économique des collectivités et d’accès aux soins de santé, le plomb que l’on retrouve dans l’eau potable (ou ailleurs) affecte de façon disproportionnée la santé des gens à faible revenu. En outre, les effets du plomb sur la santé sont plus dommageables chez les nourrissons et les enfants. Dans le cadre de la refonte de ses règles visant le plomb et le cuivre, l’Agence cherche à répondre aux préoccupations en matière de justice environnementale et à prioriser la protection des nourrissons et des enfants, qui sont plus vulnérables aux effets les plus dommageables de l’exposition au plomb.

Dans la ville de Flint, au Michigan, 42 % des résidents vivent sous le seuil de la pauvreté. C’est un nombre astronomique. Afin de réduire le déficit du fonds pour l’eau, la Ville a changé de source d’approvisionnement en 2014. Elle obtenait son eau de Detroit, mais cette solution était trop coûteuse, alors elle a eu l’idée de relier ses conduites d’eau au lac Huron où elle aurait accès à de l’eau potable de façon plus économique. Avant que ce projet ne se réalise, elle devait trouver, pour les deux années suivantes, une source d’eau potable autre que l’aqueduc de Detroit. La Ville s’est donc tournée vers la rivière Flint. L’eau de la rivière était de piètre qualité, notamment en raison de la pollution industrielle passée. Elle était 19 fois plus corrosive que l’eau de Detroit. Elle a donc rongé les vieilles canalisations en plomb de l’aqueduc de la ville, menant à la crise de l’eau potable de Flint. Pour donner un ordre de grandeur, dans la maison de Lee Anne Walters, mère de quatre enfants, le contenu en plomb de l’eau potable atteignait 104 parties par milliard, bien au-delà de la limite des 15 parties par milliard établie par l’Agence de protection de l’environnement.

Heureusement, le gouvernement libéral a prévu des investissements importants pour entretenir et moderniser les infrastructures, notamment les infrastructures hydrauliques. Nous espérons éviter ainsi les problèmes comme ceux que connaît Flint. On pourrait même dire qu’il s’agit d’une période marquante pour les infrastructures au Canada. Dans le budget de 2016, le gouvernement s’est engagé à investir 120 milliards de dollars sur 10 ans dans les infrastructures municipales, en deux étapes. La première étape prévoit un investissement de 2 milliards de dollars dans la rénovation et la modernisation des infrastructures hydrauliques. Au moment de la mise à jour économique de 2016, le ministre des Finances a annoncé que l’investissement serait maintenant de 80 milliards de dollars de plus sur 11 ans à partir de 2017 et 2018. C’est une occasion supplémentaire pour nous de nous attaquer aux enjeux liés aux infrastructures vieillissantes, entre autres les vieux tuyaux en plomb et les systèmes municipaux de distribution de l’eau.

Santé Canada a pour sa part pris l’initiative en ce qui concerne l’eau potable. Le Comité fédéral-provincial-territorial sur l’eau potable a lancé un processus de consultation qui durera jusqu’au 15 mars. L’objectif est d’établir une nouvelle limite pour la concentration maximale acceptable de plomb dans l’eau potable. La limite existante a été établie en 1992, soit il y a un quart de siècle. Le document de consultation de Santé Canada propose d’établir une limite à 5 parties par milliard. On y mentionne également les conséquences du plomb sur le quotient intellectuel, surtout celui des enfants.

Il faut noter qu’il n’existe aucun seuil connu sous lequel le plomb ne présente plus de risques pour le développement neurologique. Les États-Unis ont établi la limite de concentration maximale admissible à 15 parties par milliard et l’Organisation mondiale de la santé a fixé cette limite à 10 parties par milliard. Ces limites varient en raison des différentes estimations faites relativement aux taux de consommation, au poids moyen des habitants et ainsi de suite. Au Canada, nous avons l’objectif ambitieux de réduire la limite acceptable maximale à 5 parties par milliard. Tandis que Santé Canada examine la question des concentrations maximales acceptables, nous devons étudier les moyens de contrôler la présence de plomb dans l’eau potable, ce qui est fondamentalement un problème d’infrastructure.

Le problème du plomb dans l’eau potable souligne le caractère interdépendant, interministériel et intergouvernemental du défi qui entoure la réglementation des eaux au Canada. Nous devons adopter, au minimum, une double approche pour régler ce problème.