Francis Scarpaleggia

Votre député de


Lac-Saint-Louis

Francis Scarpaleggia

Votre député de


Lac-Saint-Louis

Menu

Discours : Postes Canada

Monsieur le Président, je suis ravi de prendre la parole après ma collègue la députée de Repentigny. Elle a prononcé un discours très clair, rigoureux et complet. Elle a bien fait valoir son point de vue. Nous ne sommes peut-être pas d’accord sur tous les points, mais je dois admettre qu’elle a défendu sa position avec éloquence, en évitant les propos vitrioliques ou amers. C’est peut-être pour cette raison que, selon le sondage mené par le magazine Maclean’s auprès des députés, elle a remporté le titre de députée qui travaille le mieux en équipe.

J’ai assisté au débat presque toute la journée. J’ai écouté la députée de Vancouver-Est, qui diverge aussi d’opinion avec le gouvernement. J’ai été très touché lorsqu’elle a parlé de la place qu’occupe le facteur dans sa vie et dans celle de sa famille. Elle a dit qu’elle envoyait des lettres à ses enfants afin qu’ils sachent à quel point c’est agréable de recevoir du courrier. Le facteur livrait ses lettres chez elle. C’est un merveilleux souvenir pour elle.

Les facteurs de Postes Canada et les employés qui travaillent aux comptoirs postaux occupent une place importante dans nos vies. Quand on y pense, d’aussi loin qu’on se souvienne, les facteurs se sont rendus chez nous cinq jours par semaine. En fait, je me souviens de l’époque où, quand j’étais enfant, les facteurs faisaient la livraison du courrier six jours par semaine. On recevait du courrier le samedi matin. Ce n’est pas parce que les conditions de travail des facteurs étaient plus difficiles que celles des autres. Tout le monde travaillait cinq jours et demi par semaine. Je me rappelle que mon père travaillait cinq jours pendant la semaine et qu’il allait au travail le samedi matin. Il rentrait à la maison à midi et s’acquittait des tâches qu’il avait à faire à la maison.

Les syndicats ont amélioré nos vies en militant en faveur de semaines de travail écourtées et de programmes sociaux importants, de meilleures retraites et de milieux de travail plus sécuritaires. L’administration de la Chambre des communes fait le maximum pour offrir un milieu de travail très sécuritaire. C’est le résultat du travail que les syndicats ont accompli depuis qu’ils ont commencé à faire partie intégrante de notre économie dans les années 1920 et 1930. Ils sont très importants.

Personne ne laisse entendre que les employés des postes ne travaillent pas fort. Nous savons qu’ils le font. Nous avons un climat rigoureux.

Deux travailleurs des postes passent par l’édifice où se trouve mon bureau de circonscription. Il y en a un qui travaille le matin. Il vide les boîtes aux lettres en face de l’édifice à 8 h 30 et il laisse le moteur rouler au ralenti pendant qu’il le fait. Il le fait rapidement et il est très sympathique. Si je le croise en entrant dans l’édifice, il me salue avec le sourire. Toutefois, il n’a pas vraiment le temps de parler, parce qu’il doit vider les boîtes aux lettres, ranger les sacs dans le camion et se rendre aux prochaines boîtes aux lettres un peu plus loin sur la rue.

Lorsque mon bureau de circonscription doit envoyer quelque chose par courrier prioritaire au bureau d’Ottawa, il y a un travailleur des postes qui vient au bureau ramasser les colis. Lui non plus, il n’a pas beaucoup de temps à perdre. Parfois, lorsque j’entends la porte ouvrir et que j’entends sa voix, je sors de mon bureau et je demande à mon adjointe où il est. On me répond qu’il est déjà parti, parce qu’il n’a pas une seconde à perdre. Il ramasse les colis à envoyer par courrier prioritaire et il s’en va. Il travaille fort.

Tous les facteurs que j’ai connus semblent vraiment aimer leur travail. Ils le font avec le sourire et ils le font évidemment avec fierté. Je crois qu’ils font leur travail avec fierté pour des raisons importantes.

Premièrement, les facteurs aiment offrir le service. Leur emploi fait partie du secteur des services à bien des égards, et il attire des gens qui souhaitent fournir un bon service et aider les autres. Par ailleurs, les gens qui travaillent à Postes Canada ont l’impression d’être au service du pays, et c’est le cas. Ils travaillent pour une société d’État, qui a déjà été un ministère à une époque. Ces personnes travaillent donc pour le Canada. Voilà l’importance de Postes Canada pour le pays, et il en a toujours été ainsi.

Normalement, une société d’État joue un rôle qu’aucune société privée ne peut assumer. Elle exerce habituellement une fonction importante. En général, une société d’État est créée afin de fournir des services ou des produits très importants pour le pays, pour l’économie et pour l’unité nationale.

On peut donc considérer d’emblée que la situation de Postes Canada est différente. Ce n’est pas General Motors. Ce n’est pas Fiat Chrysler. Ce n’est pas Ford. Aucune de ces sociétés n’est complètement dominante sur le marché. Lorsque les employés de l’une de ces entreprises sont en grève, les consommateurs ont d’autres options. Ils peuvent acheter une voiture à un concurrent. Cela a d’ailleurs une incidence sur le processus de négociation. Les travailleurs de General Motors peuvent faire des pressions, mais, s’ils vont trop loin, l’entreprise perdra des clients, et les travailleurs ne seront pas plus avancés. Tous ces facteurs sont interreliés. Tout cela fait partie du rapport de force dont les députés d’en face ont parlé. C’est un processus tout à fait sain et légitime.

Cependant, Postes Canada n’est pas une société comme les autres. C’est une entité qui exerce une influence énorme sur la prospérité économique du pays. Voilà la différence. Le problème se pose depuis toujours dans les secteurs publics et parapublics.

Je me souviens que, lorsque j’étais plus jeune, la police de Montréal a fait la grève. Il ne faisait pas beau. Les relations de travail dans les secteurs parapublic et public ont évolué depuis. En fait, différentes dispositions ont été créées pour assurer le maintien des services essentiels. De nos jours, le climat de relations de travail est très différent. Cependant, c’est cela les relations de travail. Comme c’est le cas pour tous les autres aspects de la société et de l’économie, nous évoluons et nous nous adaptons.

Le fait est que Postes Canada a une très grande incidence sur le pays. Comment sommes-nous censés gérer les négociations collectives dans le cas de sociétés d’État qui offrent des services qui sont, à bien des égards, essentiels?  Quelqu’un a déjà dit, et je crois que c’est mon collègue, le secrétaire parlementaire de la ministre de l’Emploi, que pas moins de 70 % des achats en ligne sont livrés par Postes Canada. Celle-ci a donc une position nettement dominante sur le marché. Nous ne pouvons l’ignorer.

Nous avons une société qui joue un rôle important dans le fonctionnement du pays. Elle est puissante parce qu’elle génère des revenus considérables et que les personnes à sa tête sont très compétentes. Son syndicat est aussi puissant. Les députés d’en face disent que ce dernier devrait être en mesure de faire étalage de sa force comme bon lui semble. C’est très bien. Toutefois, à un moment donné, dans l’intérêt des Canadiens, nous devons amener les deux parties à la table de négociation afin de trouver une solution pour que ceux qui ne font pas partie d’un syndicat puissent se faire entendre. Il peut s’agir d’une petite entreprise familiale ou d’entrepreneurs, il se peut même que ce soit des entreprises qui ne sont même pas constituées en société ou enregistrées.

Leur voix est la nôtre. Leur voix s’exprime par la bouche de ceux qui ont été élus à la Chambre des communes pour former le gouvernement. Ils expriment leur opinion sur ce conflit de travail. Ils nous en rapportent les effets.

Il semble que nous ayons une différence d’opinion avec les députés du NPD, qui pensent généralement qu’il n’y a pas de problème et que la grève tournante de Postes Canada est sans conséquences pour les petits entrepreneurs et leur famille. Nous savons que beaucoup de familles sont soutenues par la petite entreprise. Même si, en face, l’opinion dominante est qu’il n’y a pas de problème, le Conseil canadien du commerce du détail et divers autres groupes qui représentent la petite entreprise affirment qu’il y a un problème et qu’ils ressentent la pression.

Certes, il y a des solutions de rechange, Federal Express par exemple. Nous savons toutefois que Federal Express, comme d’autres entreprises de messagerie d’ailleurs, ne dessert pas le Nord. Que se passe-t-il en l’absence de Postes Canada? Allons-nous simplement abandonner le Nord à son sort? Des gens nous disent que la situation est beaucoup plus qu’un grave inconvénient et qu’elle sape leurs intérêts économiques.

La question est de savoir comment gérer les relations de travail dans ce genre de situation. On peut suivre diverses approches.

Lorsque j’étais à l’université, j’ai suivi un cours sur les relations de travail avec la professeure Carla Lipsig-Mummé, qui est très respectée dans le mouvement syndical. Je suis sûr que beaucoup de députés d’en face la connaissent. Elle était excellente, car elle permettait à toutes les opinions politiques de s’exprimer. Elle se donnait comme mission de stimuler le débat.

Elle faisait partie du mouvement syndical et en était fière; elle nous lançait des défis. J’ai beaucoup appris d’elle et bien des idées que je me suis forgées découlent de ses méthodes d’enseignement. En fait, je crois qu’elle se trouvait récemment sur la Colline pour parler du travail au XXIe siècle.

Nous avons à relever le défi de savoir comment gérer les relations de travail dans une société d’État qui peut sérieusement ébranler l’économie. Je pense que nous avons trouvé une solution constructive, positive, grâce à ce projet de loi, car on propose de nommer un médiateur ou un arbitre, une personne qui sera neutre. Je ne sais pas où le NPD est allé chercher l’idée que l’arbitre sera l’ami du patron et ne se souciera pas des employés. Pour être bien certain de mettre l’arbitre sur la bonne voie, nous avons indiqué noir sur blanc dans la loi les éléments qu’il doit prendre en considération pour la médiation et l’arbitrage. L’arbitre doit tenir compte de principes comme un salaire égal pour un travail égal, et il doit veiller à ce que la santé et la sécurité des employés soient protégées.

Nous avons là une procédure qui peut ne pas être idéale du point de vue syndical, car un syndicat aime bien sûr à faire étalage de son pouvoir le plus possible, et il n’y a pas de mal à cela. Il n’y a absolument pas de mal à cela. Les entreprises sont quant à elles motivées par les profits. Ce ne sont pas des mots qu’il faut avoir honte de prononcer. Tous les partis ont leur propre motivation, mais à un moment donné, il revient au gouvernement de tenter d’en arriver à une solution équitable dans l’intérêt du pays et de ceux qui n’ont pas nécessairement de porte-parole officiel. C’est essentiellement ce que fait le gouvernement aujourd’hui.

Je remarque une grande consternation chez les députés d’en face. Je n’avais pas l’intention de créer tant d’émoi. Il est très intéressant de constater que la députée de Repentigny, qui est la députée qui a défendu le plus éloquemment les droits du travail, ne chahute pas en ce moment. Je crois que c’est tout à son honneur.

Le projet de loi prévoit d’excellents principes directeurs. Contrairement au gouvernement conservateur précédent, nous n’imposons aucune condition de travail. Je siégeais à la Chambre lorsque le débat sur ce projet de loi a eu lieu. Le gouvernement conservateur de l’époque tentait de mettre fin à un conflit de travail, ce que je peux comprendre, mais je crois qu’il est allé un peu trop loin. Il tentait en quelque sorte de faire valoir un argument, une sorte d’argument antisyndical, ce qui n’est manifestement pas dans l’ADN du Parti libéral ou gouvernement actuel, peu importe ce que les députés d’en face peuvent en dire.

Le projet de loi vise à offrir une solution équitable. Le mouvement syndical a grandement contribué à l’amélioration des conditions de travail. Ce que Carla Lipsig-Mummé m’a appris, c’est que les syndicats ont non seulement amélioré les conditions de travail des syndiqués, mais aussi celles de toute la société grâce aux programmes pour lesquels ils se sont battus.